Les champs de la Lune | « La lumière, la poussière et l’infini »

Les champs de la Lune est un roman écrit par Catherine Dufour publié chez Ailleurs & Demain en septembre 2024. Comment résister à un Catherine Dufour ? Si vous cherchez un tuto, ce n’est assurément pas ici que vous le trouverez.  Ici, on arrête sa lecture en cours séance tenante pour embarquer sur la Lune en bonne compagnie… Suivez-moi, je vous dis tout.

Contexte narratif

El-Jarline est fermière sur la Lune. Sa ferme, protégée par un dôme, pourvoit à l’alimentation des habitants de la cité souterraine de Mut.  Elle est très attachée à développer son petit écosystème à l’aide de plantes et d’animaux jadis importés de la Terre.  Elle partage son existence avec un chat qui parle et reçoit régulièrement des visiteurs soulunaires.

C’est ainsi qu’elle commence à s’occuper de Sileqi, une petite fille taciturne mais douée en jardinage. Elle voudrait bien en faire son apprentie. Et puis il y a aussi cette fissure qui s’agrandit dans le toit et les mini-collas deviennent décidément très envahissants. Mais l’administration est d’une telle lenteur, rien ne bouge…

Je l’ai laissée méditant sur l’échelle du réel, posée comme un lapin entre les deux gouffres jumeaux de l’infiniment petit et de l’infiniment grand.

Impressions

Elle nous raconte tout cela sous forme de journal parce qu’on lui a demandé de faire des rapports plus littéraires. Ce qui donne une tonalité très intimiste à ce qui nous est raconté et à la fois la distance de l’aspect rapport. C’est très réussi dans l’écriture, j’ai trouvé ça à la fois très beau et très différent de ce que nous avait offert l’autrice dans ces dernières publications.

La mort a ceci de particulier qu’elle dérange l’avenir en grand et en détail.

Il y a une sorte de poésie languissante et mélancolique que l’on pourrait croire mortifère : on est sur une planète morte sur laquelle il est difficile de lutter contre l’entropie, les populations humaines subissent une épidémie dite de « fièvre aspic », qui endort les gens jusqu’à la mort, l’inaction et la lenteur de la Commanderie à résoudre les problèmes, les robots fous retournés à l’état sauvage à la surface, l’invasion de mini-collas qui grignote la régolithe.  Vivre sur une planète morte au clair d’une autre qui se meurt aussi. Enfin, le deuil tient une place centrale dans le récit, il accompagne El-Jarline au fil de l’histoire.

Il faut avouer que ça n’envoie pas du rêve. Et effectivement beaucoup de tristesse se dégage du livre jusqu’à tirer les larmes. Mais il y a aussi quelque chose de lumineux dans le personnage d’El-Jarline qui ne lâche jamais l’affaire, même si elle peut être tentée, dans son amour pour son jardin, sa tranquille ténacité, ses anecdotes sur sa vie sur la Lune et son chat qui parle.

Le récit est souvent contemplatif et avance avec une certaine lenteur. Personnellement cela ne m’a pas dérangée : je trouve que cela correspond bien au ton et au propos.

Ici les trois éléments essentiels du paysage sont la lumière, la poussière et l’infini.

Les champs de la lune est un récit sous forme de journal au travers duquel la narratrice nous raconte son quotidien de fermière sur la Lune. Je me suis complètement laissée embarquée dans ce récit à la fois mélancolique dans son ton et lumineux grâce à son personnage principal.

Informations éditoriales

Roman écrit par Catherine Dufour. Publié en 2024 chez Ailleurs & Demain (Robert Laffont). Illustration de couverture par Aurélien Police. 385 pages.

Pour aller plus loin

L’autrice sur le blog : Des millénaires de silence nous attendent (nouvelle), L’arithmétique terrible de la misère, Au bal des absents, Danse avec les lutins, Entends la nuit, Ada ou la beauté des nombres, Outrage et rébellion.
D’autres avis : Le chien critique, Les chroniques du chroniqueur, Les lectures du maki, Au pays des cave trolls, Sometimes a book, ou signalez-vous en commentaire.

26 commentaires sur « Les champs de la Lune | « La lumière, la poussière et l’infini » »

  1. Alors moi je ne suis pas hypé par réflexe à la vue d’un livre de Catherine Dufour – ce qui est certainement une erreur, je l’admets – mais là ça me tente vraiment bien, plus que d’habitude. Ça ‘valide’ le « très différent de ce que nous avait offert l’autrice dans ces dernières publications », même dans son aura. ^^

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  2. Je n’ai encore jamais Catherine Dufour (pas l’envie qui manque) mais, quand je l’ai vu au boulot, j’ai craqué et il est donc dans ma pile à lire. Je lis ton retour et je suis contente qu’il soit déjà dans ma PAL – plus qu’à l’en sortir 😉

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