Colonies | Voyage par les Portes de Vangk

colonies genefortImpressions.

Colonies est une recueil de nouvelles de space opera écrit par Laurent Genefort et publié au Bélial’ en avril 2019. Il nous emmène dans l’espace, far far away, dans des colonies spatiales ou planétaires. Suivez-moi pour un voyage au travers de Portes de Vangk

Panstructure

Colonies propose 10 nouvelles dont 4 inédites toutes sur le thème de la colonisation. Laurent Genefort a divisé son recueil en 2 parties : les colonies planétaires d’une part et les colonies spatiales d’autre part. Une division géographique qui, de son propre aveu, correspond bien à ses thématiques de prédilection. J’aime beaucoup ce choix car je préfère de loin les recueils de nouvelles qui sont portés par un thème aux recueils fourre-tout.

Les nouvelles se déroulent dans l’univers fictionnel de la Panstructure. Les portes de Vankg y permettent des déplacement à grande distance, essaimant l’humanité aux quatre coins de l’univers. Laurent Genefort donne quelques explications éclairantes à ce sujet dans la postface.

Les histoires sont donc indépendantes mais un fil ténu guide la lecture, celui de la thématique et de l’univers fictionnel.

Colonianisme

Dans cet univers, l’humanité est motivée par l’exploration mais surtout l’exploitation d’autres planètes. On n’y parle jamais d’états ou de gouvernements mais de multinationales tentaculaires pour qui les ressources et ce qu’elles rapportent valent bien plus que la préservation des planètes ou le bien-être des êtres humains qui y sont envoyés.

C’était comme une version vivante des drones agricoles. Une montagne en mouvement. Une montagne préhistorique, spongieuse, résiliente. Un truc degueu mais très lent, pas agressif. Des striures multicolores bariolaient la peau marronnasse. Un nuage d’insectes bourdonnaient autour. Tout le monde a rigolé. La maîtresse n’a pas su nous dire à quoi le salinkar servait. Mais au moins, il avait un nom.
– Le dernier salinkar –

En filigrane, Genefort dénonce un comportement anti-écologique que ce soit en montrant la transformation d’une planète jusqu’à l’épuisement de sa faune et sa flore autochtones (Le dernier salinkar, 2019) ou l’effondrement progressif d’une colonie de chercheurs sur une planète hostile (Le Bris, 2019).  On y voit aussi un monde artificiel créé  par les hommes qui a sombré dans un hiver perpétuel suite à un dysfonctionnement et comment des hommes vont s’acharner à essayer de s’en extraire (La fin de hiver, 1998). Dans Proche-Horizon (1998), des êtres humains vivant sur un astéroïde ont appris à vivre en symbiose avec une créature parasite mais évidemment une multinationale va commencer à s’intéresser de près à ces êtres symbiotiques.

Que ce soit pour vivre en symbiose avec lui, le transformer à sa guise, le détruire ou se faire détruire, on voit au final à quel point l’environnement dans lequel l’être humain vit est essentiel et est source de questionnement dans ces nouvelles.

Macroscopie

Toutes les nouvelles se caractérisent par un focus sur des personnages, on est en permanence au niveau macroscopique, pas dans de grandes envolées héroïques et des combats spatiaux épiques. Le lecteur découvre par l’histoire qui nous est contée l’environnement dans lequel elle se déroule. Par le fait divers : Le jardin aux mélodies (2019), dans laquelle une femme cherche sa sœur disparue qui aurait abandonné son jardin de plantes musicales (une référence à Ballard ?) pour s’enfuir visiter d’autres mondes.

Colonies pourrait être un de ces recueils ethnologiques du futur rapportant les légendes que se racontent les équipages de cargo spatial en bordée dans les astroports.
– Laurent Genefort, postface de Colonies –

Par l’anecdote : Je me souviens d’Opulence (2019) qui est une exercice de style fascinant ou comment faire émerger la vie d’une personne en 75 souvenirs. Par la recherche d’identité : Le lot n°97 (2000) où le personnage principal se sert de la chirurgie plastique pour trouver sa « parfaite incarnation » jusqu’à vouloir devenir un artefact découvert sur un vaisseau fantôme (probablement le texte le plus étrange du recueil dont j’aime particulièrement la fin).

Les nouvelles de ce recueil sont souvent cruelles et ne se terminent pas forcément bien. En voici trois qui sont particulièrement retorses :

  • Un battle-royale pour riches immortels :  Longue-vie (1999),
  • Un huis clos oppressant dans une station abandonnée : L’homme qui n’existait plus (1996)
  • Un rite de passage brutal  : T’ien-Keou (1999) (qui a également eu droit à son adaptation BD en son temps)

La poésie du propos de Genefort réside dans les mondes qu’il crée, avec une imagination qui me laisse toujours très étonnée. Où va-t-il chercher ses idées ? 10 nouvelles qui se passe sur des planètes, des astéroïdes, des stations orbitales et pas deux se ressemblent, tout en ayant certains points communs qui les font irrémédiablement appartenir au même univers.

Avec Colonies, Laurent Genefort offre un aperçu estimable de la richesse et de la consistance de son univers de la Panstructure. Explorant avec une certaine poésie la thématique de la colonisation à grande échelle tout en restant proche de ses personnages, ce recueil de 10 nouvelles est un sans faute.

Informations éditoriales

Recueil de 10 nouvelles partiellement inédit écrit par Laurent Genefort. Publié aux éditions du Bélial’ en 2019. Illustration de couverture par Manchu. 346 pages. Le titre est complété d’une postface de l’auteur et d’une bibliographie complète. Liste des nouvelles et année de première publication :  Le lot n°97 (2000) ; Le dernier salinkar (inédit) ; Le Bris (inédit) ; Je me souviens d’Opulence (inédit) ; Le jardin aux mélodies (inédit) ; Longue vie (1999) ; T’ien Kéou (1999) ; La fin de l’hiver (1998) ; Proche-horizon (1998) ; L’homme qui n’existait plus (1996).

Pour aller plus loin

Laurent Genefort sur le blog.
Interview à propos de Colonies sur ActuSF.
D’autres avis : Au pays des caves trolls, Diaspora galactique, pour Colonies. 233°C, Le culte d’Apophis, Artemus Dada, pour la nouvelle T’ien Kéou qui a un temps été disponible gratuitement.  Cafardsathome, pour la bande dessinée T’ien Kéou. Ou signalez vous en commentaire.

25 commentaires sur « Colonies | Voyage par les Portes de Vangk »

  1. Superbe chronique, tu arrives à rendre compte aussi bien de l’ensemble que des particularités de chaque nouvelle, et ce sans passer par l’ennuyant listage de celles-ci, c’est appréciable. Mon intérêt pour ce recueil a encore augmenté d’un cran ! =D
    (et j’en suis donc déjà à 2 nouvelles lues puisque je me rends compte, grâce à ton billet, que j’ai déjà lu « La Fin de l’hiver » qui avait été offerte par le Bélial’ à une époque. ^^)

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    1. Merci !
      Haha mais moi aussi en fait je l’avais lue avant, elle était même dans mon top de nouvelles de 2017. Comme d’habitude j’ai oublié et puis en commençant la nouvelle : « mais… j’ai déjà lu ce truc… »

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  2. Et bien, tu en parles bien, ça donne envie. Pour le coup, je suis submergé de nouveautés (et d’anciennetés… lovecraftiennes ! 😀 ) à lire, donc je m’y mettrai mais un peu (beaucoup ?…) plus tard. Je le note en tout cas ! 😉

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