Citadins de demain | Tordre les règles en sa faveur

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Citadins de demain est un roman écrit par Claire Duvivier. Publié en septembre 2021 par l’éditeur Aux Forges de Vulcain, il est le second tome du cycle La Tour de Garde et premier tome de la trilogie Capitale du Nord. Après avoir exploré Gemina en compagnie de Nox, nous voilà à Dehaven, cité commerçante du Nord que nous allons découvrir avec Amalia et ses amis, Hirion et Yonas.

Si vous êtes un peu perdu dans ces histoires de cycle et de double trilogie etc et n’avez aucune connaissance de ce projet éditorial étonnant, je vous invite à lire ma chronique du Sang de la cité de Guillaume Chamanadjian, dans laquelle j’explique tout. Et puis c’est le premier tome, mieux vaut commencer par là.

Contexte narratif et worldbuidling

Amalia Van Esqwill est une jeune aristocrate faisant partie de la caste des dirigeants de la cité de Dehaven, un cité commerçante prospère qui fait commerce de toutes sortes de choses avec ses colonies d’outre-mer.

Ses parents ainsi qu’une autre famille, les  De Wautier, ont décidé d’offrir à leur enfants une éducation particulière, dans le but d’en faire des « citadins de demain« , c’est-à-dire :

[…] des âmes neuves qui ne seraient plus forgées par les comptines des nourrices et les ânonnements dogmatiques des frères laïcs, qui servaient généralement de précepteurs aux grandes familles telles que la nôtre. L’éducation de l’avenir serait plus ouverte sur l’usage de la raison, le développement de l’intelligence.

Le principe nous est expliqué dans le prologue. Comme la citation l’indique, la fiction est totalement écartée de leur apprentissage : pas de roman, pas de contes et légendes. Cela en fait des têtes bien faites et bien pleines mais plutôt dépourvues d’imagination.

Amalia suit cet apprentissage en compagnie de Hirion De Wautier, dont elle est très proche et qu’elle connait depuis l’enfance, et Yonas Russmor, le fils de l’éclusier qui s’est joint en cours de route bien qu’il soit roturier. Si vous avez lu Le sang de la cité, ce nom vous dira peut être quelque chose : l’architecte Russmor est son oncle !

Ces trois-là sont très amis et on va suivre leurs aventures, même si l’ensemble est raconté à la première personne par Amalia. Les ennuis commencent lorsque Hirion se met à faire de la magie avec des objets contenus dans une cassette. Ce qu’ils vont découvrir va leur faire voir leur monde sous une autre perspective, mais surtout va affecter fortement Hirion qui va progressivement changer de comportement et perdre pied avec la réalité.

-L’idée est de reproduire un rituel. Les objets dans la cassette sont des objets du quotidien ; ils furent d’une certaine manière chargés d’énergie, au cours des décennies, par les usages constants et répétés qui en furent faits, et ce d’autant plus que ce coffret est très ancien. Le principe de ce rituel est de remplacer cette énergie du trivial, du corporel – de l’humain – par une autre énergie, celle que dans l’Antiquité on qualifiait de magique.

A côté de cela, la ville de Dehaven fait face à d’énormes difficultés. Ses colonies se rebellent et la guerre risque d’éclater à tout moment. Les parents d’Amalia sont aux premières loges, le père car il possède une compagnie qui commerce avec les colonies, la mère parce qu’elle fait partie du conseil qui dirige la ville. Amalia découvre peu à peu qu’elle n’est au final qu’un pion parmi les autres dans les desseins de ses parents. Il y a ici un vrai parallèle à faire ave la situation de Nox du Sang de la Cité qui se retrouve confronté à la même prise de conscience face à son tuteur.

De plus, la géographie de la ville et sa politique sont ici aussi des éléments centraux de l’intrigue et nous aurons aussi droit à une carte et une liste de personnages en début de roman.

Peut-être aurait-on dû nous confier les clefs de la ville, à ma mère et à moi : avec nous deux aux commandes, Dehaven et son obsession stérile pour le sang disparaitraient, certes, mais avec panache.

Bref, les romans se font écho, comme les deux villes se fond écho, comme se font écho les envers du décor respectifs de Gemina et Dehaven ou encore comme se font écho le récit et le jeu de la tour de garde dans lequel 2 cités s’affrontent avec des figurines qui représentent des personnages archétypaux. Le genre de consistance que j’adore et qui me mindblowe complètement 🤯.

Mise en place et écriture

La mise en place est extrêmement lente. C’était déjà le cas du Sang de la Cité, mais ici plus encore. En soi ce n’est pas un mal, j’aime plutôt bien quand l’auteur prend le temps de poser son univers et celui-ci est très chouette à découvrir. Ce n’est jamais ennuyeux mais il est vrai que ça manque parfois de rythme.

Ajoutons à cela que le phrasé d’Amalia correspond à l’éducation qu’elle a eue : tout cela nous est raconté de façon très rationnelle et limite un peu froide, avec un assaisonnement au passé simple, y inclus dans les dialogues qui est parfois assez lourd et peut limiter l’identification et l’empathie. Personnellement, je trouve que cela entre complètement en cohérence avec le récit, donc j’adhère. Mais si vous êtes très sensible à ce genre de choses et que cela peut vous faire rejeter un livre, lisez quelques pages en librairie avant d’acheter.

-Ne gage rien : le fait est que je ne suis pas à ta place et ne le serai jamais.
-Précisément. L’intérêt, donc, de m’attaquer sur ce que je fis en étant à ma place sans être toi ? Néant. Ton tour, je te prie.
[note : ils sont en train de jouer au jeu la tour de garde]

Pour peu que l’on accepte la lenteur du récit et l’écriture « aristocratique » de la narratrice, Citadins de demain est un récit qui confirme l’immense cohérence du cycle de La Tour de Garde en s’inscrivant en écho au Sang de la Cité, tout en y insufflant des propres caractéristiques. Il offre, qui plus est, un final complètement dingue qui me fera me jeter sur la suite dès qu’elle sera disponible.

Informations éditoriales

Roman écrit par Claire Duvivier. Tome 1/3 de Capitale du Nord; 2/6 de La tour de Garde. Publié par Aux Forges de Vulcain en 2021. Couverture par Elena Vieillard. 374 pages.

Pour aller plus loin

Michel Dufranne dans le 6/8 de la RTBF pour comprendre le projet éditorial.
Mon avis sur : Un long voyage de Claire Duvivier.
D’autres avis : Au pays des cave trolls, ou signalez-vous en commentaire

27 commentaires sur « Citadins de demain | Tordre les règles en sa faveur »

  1. Olala, j’ai trop hâte de le lire (je n’ai donc que survolé ton avis histoire de ne pas me gâcher le plaisir de lecture).
    Il fait vraiment avoir lu Le sang de la cité avant ? (Ce que j’ai fait mais ça attise ma curiosité)

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      1. Alors non j’ai apprécié, mais pas autant que ce à quoi je m’attendais. Peut-être parce que beaucoup l’avait encensé et je m’attendais à être bouleversée etc. Et du coup non. Et puis, c’est étrange je n’ai pas eu le sentiment de lire un roman fantasy, pas du tout même. Je lui ai plutôt trouvé un aspect fantastique au final.

        L’aspect « lent » ça dépend beaucoup de mon humeur, des fois ça ne me gêne pas du tout et à d’autres périodes, ça me fait trépigner et souffler :p

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  2. Toujours très tentant. Je suis content d’avoir lu « Un long voyage », parce que ça m’enlève tous les doutes que j’aurais pu avoir par rapport à ce que tu dis de l’écriture. ^^
    Et comme promis sur l’article du « premier tome », je viens te reposer ma question d’alors : « L’écriture de Guillaume Chamanadjian a l’air d’être un peu dans la veine de celle de Claire Duvivier, non ? »

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    1. Oui, non, peut être ? Je ne sais pas trop. C’est pas différent de manière flagrante. Mais l’autre livre a quand même plus un côté roman d’aventures que celui-ci a moins, mais cela tient peut être juste au perso principal au final ?

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  3. Moi j’ai bien aimé Le 1er roman de Guillaume Chamanadjian. Vu que j’attends la suite, je vais lire son pendant Capitale du Nord ,ou du moins je vais essayer en espérant ne pas être trop dépaysée. Faut passer le cap des lenteurs du début, c’est ce qui m’avait fait abandonner Un long voyage.
    Merci pour tes éclaircissements.

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  4. J’ai adoré le premier tome de l’autre trilogie mais je n’arrive pas à me motiver pour lire celui-ci (fichu Long voyage qui m’a paru durer une éternité)… Pourtant ça a l’air bien (même si longueur+ton aristo ça va me gonfler ^^).

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  5. Ce projet est en effet assez renversant. Je me demande comment ils ont travaillé. Ça doit être un sacré défi et apporter beaucoup de satisfaction quand on y parvient. Bon, par contre, ça ne me tente pas du tout, d’une part point de vue histoire et d’autre part parce que « six bouquins, on verra si jamais tout le monde s’accorde à dire que c’est génial jusqu’au bout »… 😉

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    1. Oui, vraiment commence par Le sang de la cité. Déjà même si pour le moment les histoires sont très séparés, il va y avoir un point où tout va se goupiller comme un puzzle et comme les auteurices distillent des indices, c’est un pari risqué de ne pas lire dans l’ordre. Ensuite, Le sang de la cité est plus abordable, c’est la porte d’entrée idéale.

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