Le cercle de Farthing | Subtile uchronie

le cercle de farthing jo walton

Impressions.

J’ai appris avec horreur que l’Angleterre avait fait la paix avec l’Allemagne en 1941. Huit ans plus tard, l’Europe est toujours occupée et les Juifs toujours persécutés. J’ai fait la connaissance avec les horribles instigateurs de cette paix alors que l’un des leurs a été assassiné. J’ai suivi les pensées de Lucy Khan et l’enquête de Peter Carmichael.  Entrons ensemble dans le Cercle de Farthing…

Uchronie

Le Cercle de Farthing est le premier tome  de la Trilogie du Subtil Changement de Jo Walton. On aime accueillir Jo Walton à bord du Dragon Galactique. L’autrice galloise produit ici une uchronie qui postule la signature d’un traité de paix entre l’Allemagne et l’Angleterre au cours de l’année 1941. On trouvait déjà cette idée dans le roman de Christopher Priest, La séparation. Là s’arrête la comparaison, le propos de Jo Walton est tout autre.

Tout a commencé quand David est revenu du parc dans une fureur noire. Nous séjournions à Farthing à l’occasion d’un des épouvantables raouts politiques de Mère. Si nous avions trouvé un moyen de nous y dérober, nous serions allés n’importe où ailleurs, mais Mère n’avait rien voulu entendre et nous étions donc là, lui en jaquette et moi en petite robe Chanel beige, dans mon ancienne chambre de jeune fille à laquelle j’avais été si soulagée de dire adieu quand j’avais épousé David.
Incipit.

Donc…  A l’origine de ce traité, il y a un groupe politique qui se fait appeler le « Cercle de Farthing ». Huit ans après, alors que l’Europe est toujours sous occupation allemande, les Juifs traqués et exterminés et l’URSS en guerre contre l’Allemagne, le Cercle de Farthing se réunit au domaine d’Eversley, leur lieu de rendez-vous privilégié pour les intrigues et débats politiques. Au matin d’une soirée bien arrosée, Sir James Thirkie (et non pas Thirsty, je vous ai à l’œil 🧐) est retrouvé mort dans son lit un poignard planté dans la poitrine. Entre les deux, une étoile juive. Et le coupable idéal d’être désigné : David Khan, l’époux, Juif, de la fille du châtelain, Lucy.

Roman policier

L’histoire nous est contée par l’alternance de chapitres :

  • du point de vue de Lucy Khan, raconté à la première personne. Celle-ci nous livre ses impressions et ses souvenirs (avec une certaine acuité vestimentaire) de cette sombre affaire compromettante pour son mari. Vu qu’elle a épousé un Juif dans un monde qui les tolère assez mal, on admettra sans peine qu’elle se fiche un peu des convenances et sa Mère le lui fait bien sentir. Elle ne croit pas une seconde à la culpabilité de son mari
  • du point de vue de Peter Carmichael, à la troisième personne. Celui-ci poursuit son enquête avec perspicacité. Lui non plus ne croit pas à la culpabilité de David Khan. Les indices sentent le complot à plein nez. Il s’en va chercher la vérité, mais le laissera-t-on faire ?

Donc voilà. Le cercle de Farthing est une uchronie mais aussi un roman policier. Ce mélange de genres est très réussi. On y retrouve une ambiance de huis-clos chez les riches à la Agatha Christie (Mort sur le Nil et Le crime de l’Orient-Express par exemple) ou encore Le mystère de la chambre jaune. A dire vrai, il ne manquait qu’un plan de la maisonnée, j’aurais été comblée même si le mystère qui entoure ce meurtre n’est pas aussi épais que les meilleures aventures d’hercule Poirot.

L’ambiance a un parfum très Downton Abbey (et celleux qui me connaissent savent à quel point j’aime cette série) : grand domaine, propriétaires terriens en Angleterre, belle maison remplie de domestiques qui sont partie prenante de la vie de ceux qu’ils servent.

Cela dit, au fur et à mesure de la lecture, la politique prend le pas, donnant de l’épaisseur aux éléments uchroniques évoqués en début de lecture. Les arcanes du pouvoir sont en marche et elles n’ont pas de louables intentions…

Entre uchronie et roman policier, Le cercle de Farthing est une lecture prenante. On suivra avec passion les pensées de Lucy Khan ainsi que l’enquête de Peter Carmichael dans le presque huis-clos d’un riche domaine anglais. Le tome 2 promet d’être plus sombre et plus politique et j’ai hâte de m’y mettre.

Informations éditoriales

Publié pour la première fois en 2006 sous le titre de Farthing. 2015 pour la traduction française chez Lunes d’encre. Traduit de l’anglais (UK) par Luc Carissimo. Titre original : Farthing.  Illustration de couverture de Sam Van Olffen. 335 pages.

Pour aller plus loin

Mes impressions : Morwenna et Pierre-de-vie, de Jo Walton. Un whodunnit qui pourrait vous plaire, Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, Stuart Turton.
A voir aussi : Churchill, le biopic de l’homme politique dont l’histoire est centrée sur ce fameux traité de paix dont la signature est le point de divergence de cette trilogie uchronique.
D’autres avis : Nevertwhere, Livrement, RSF Blog, Quoi de neuf sur ma pile ?, Lorhkan et les mauvais genres, Les lectures de Mariejuliet, Le Bibliocosme, Les lectures de Xapur, Un papillon dans la Lune, Les pipelettes en parlent, ou signalez-vous en commentaire.

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26 commentaires sur « Le cercle de Farthing | Subtile uchronie »

  1. J’avais bien aimé ce premier opus. Le second est dans ma liseuse depuis et je n’ai pas encore franchi le pas mais ta chronique me donne envie de me replonger dans cette uchronie.

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    1. J’avais fait pareil, lu le premier et puis laissé le temps filer et pour finir il m’a fallu le relire. Alors je lis le 2 dans pas trop longtemps.

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  2. Je ne m’étais pas lancé « à l’époque » – et l’avait évincée de mon esprit – parce que bon, les uchronies sur la seconde guerre mondiale quoi. Depuis j’ai lu « Mes Vrais Enfants » et « Pierre-de-vie » et l’autrice est montée très haut dans mon estime. En plus tu parles d’une ambiance huis-clos, un aspect que je n’avais pas du tout noté. Et ça fait longtemps que je n’ai pas lu « ce genre ».
    Ah bah bravo, tu viens d’ajouter une trilogie à ma liste. On verra plus tard si je te remercie. =P

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    1. C’est presque huis clos, c’est pas aussi fermé que le crime de l’orient express, mais c’est dans l’idée ^^ Si tu aimes la plume et la narration propre à Jo Walton, je ne doute pas que cela puisse te plaire.

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  3. J’ai aimé ce tome, avec ce huis-clos où le talent de l’autrice donne une véritable dimension aux personnages. J’avais aussi trouvé le point de vue historique soigné. À mes yeux, le déroulé de l’enquête m’a semblé plus important que l’enquête elle-même. J’ai un peu regrette de ne finalement n’avoir que des bribes sur Carmichael (heureusement les deux tomes suivants ont satisfait ma curiosité).

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    1. Oui tout à fait d’accord, d’ailleurs on devine assez rapidement la tournure qu’elle va prendre l’enquête. Mais du coup ça renforce le côté uchronie en cours de lecture.

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  4. Génial! Purée, je ne sais pas où était mon cerveau à l’époque des billets de Vert et Lorhkan, je ne l’avais pas *du tout* repéré alors que c’est totalement alléchant!!

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      1. Oui oui c’est bien une relecture, ce n’est pas mentionné dans le billet je voyais pas où le caser alors c’est normal que tu t’en sois pas aperçue ^^

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  5. Le côté policier m’attire bien, le côté uchronie un peu moins (je suis un peu trop quiche en histoire). Mes Vrais Enfants me tente peut être d’avantage… Mais tu le vends bien en tous cas !!

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    1. Comme dit Valériane ce nest pas complexe. Il n’est pas nécessaire d’avoir de connaissances historiques particulières, en tout cas pas plus que celles que tu as sans doute apprises à l’école. Le seul truc à savoir c’est que, dans la vraie vie, en 1941 Churchill a refusé de signer un traité de paix avec Hitler. Dans ces romans, le traité de paix a été signé.

      Je ne sais plus si tu as déjà lu Jo Walton ? Si pas, franchement, commence avec celui qui te fait le plus envie. Si tu accroches avec l’autrice tu auras de toute façon envie de lire tous ces livres, quoi qu’elle écrive 🙂

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      1. ok ok, je l’ai noté de toutes façons 🙂
        Oui j’ai déjà lu Morwenna ! et j’avais beaucoup aimé, mais j’ai l’impression que le style est assez différent.

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      2. L’histoire oui, mais, bon je les ai pas tous lus je m’avance peut-être un peu, il y a toujours une sensation de réconfort dans ses romans. Je ne me l’explique pas.

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