Hamlet au Paradis | Une tragédie explosive

hamlet au paradis jo waltonImpressions.

Hamlet au paradis est le second tome de la trilogie du Subtil Changement écrite par Jo Walton.  J’ai vécu pour le théâtre avec Viola Lark et ai fait la connaissance de ses 6 sœurs aux destins aussi variés qu’improbables. J’ai fomenté un attentat pour débarrasser le monde d’Hitler. Avec l’inspecteur Carmichael, j’ai tenté de l’empêcher. Entrons ensemble au théâtre Siddons, il s’y passe des choses insidieuses…

***Disclaimer: Si vous n’avez pas lu le tome 1, je vous enjoins à le faire et revenir ici ensuite. Besoin d’un coup de pouce pour savoir s’il vous plairait ? Rendez-vous à Farthing pour la chronique.***

Le théâtre des événements

A la fin du Cercle de Farthing, on assistait, impuissant, à la fuite de Lucy et David Khan qui était injustement accusé d’avoir assassiné James Thirkie, un homme politique influent faisant partie du groupe ayant orchestré la paix avec l’Allemagne nazie. Hamlet au paradis poursuit cette uchronie effrayante en… ne s’intéressant plus du tout au sort des Khan. S’ils seront vaguement mentionnés, nous n’en saurons pas plus quant à leur sort, sauf qu’ils ont bien réussi leur fuite.

Par contre, nous restons en compagnie de Peter Carmichael, qui a été bien amoché par cette histoire. Il avait deviné le vrai fin mot de l’histoire: à savoir que Thirkie avait été assassiné par son propre entourage dans le but de fomenter un complot pour mener Normanby à la tête d’un état qui va peu à peu basculer dans la dictature. Mais sa hiérarchie l’a menacé de dévoiler son homosexualité (pas légale en ce temps-là) s’il ouvrait la bouche.

Hamlet au paradis se déroule quelques semaines plus tard. Le contexte politique devient très tendu pour les Juifs en Angleterre alors que la religion est désormais inscrite sur la carte d’identité des citoyens.

Le cercle de Farthing se déroulait en presque huis clos dans une grande maisonnée à la Downton Abbey. Hamlet au paradis aura aussi son lieu de prédilection, même si le huis clos n’est plus d’actualité : le théâtre Siddons situé en plein Londres. Ce théâtre doit accueillir d’ici quelques semaines Hitler, Himmler et Normanby pour la première d’Hamlet. L’occasion rêvée pour les opposants de ce trio diabolique de s’en débarrasser une bonne fois pour toute. Pour ce faire, ils vont convaincre Viola Lark, destinée à incarner un Hamlet au féminin, de prendre part au complot, de gré ou de force.

Viola Larkin, ou plutôt Lark, comme elle préfère se faire appeler,  est issue d’une famille artistocratique évoluant dans les mêmes sphères que le Cercle de Farthing, elle a décidé de s’en affranchir pour mener l’existence qu’elle désirait par-dessus : être comédienne. Le début du roman nous la montre en mauvaise posture et, à l’instar de Lucy Khan dans le premier tome, elle nous racontera son histoire à la première personne, en alternance de chapitres à la troisième personne mettant en scène l’inspecteur Carmichael et son enquête.

On ne pend pas les gens comme moi. Un procès, ce serait carrément gênant. Papa étant ce qu’il est… Je suis une Larkin ne l’oublions pas. Personne ne veut lire en gros titre  : « La fille d’un pair du royaume exécutée par pendaison ». Il existe une solution plus simple : m’éloigner, moyennant la promesse que, si je me tiens bien transuille, on me relâchera dans un an ou deux ; on dira que je suis guérie, et que ma famille veille sur moi. Je me suis comportée comme la pire des idiotes, je le reconnais, mais je suis parfaitement saine d’esprit, autant qu’on peut l’être et , de surcroit, je ne supporte pas la plupart des membres de ma famille. Pour ce qui est de me tenir à carreau… je n’en ai jamais eu l’intention. Raison pour laquelle je suis en train de rédiger ce texte. En espérant que quelqu’un aura l’occasion de le lire. Accordez-moi votre attention. Je vais vous raconter tout ce qu’il faut savoir, en commençant par le début.
Incipit.

Lever de rideau politique

Une thématique abordée dans le roman et qui m’a interpellée est celle de la conscience politique. On a d’un côté Viola qui n’en a pas du tout : ce qui l’intéresse c’est le théâtre et rien d’autre, les rumeurs venant du continent sur ce qu’on fait aux Juifs ne l’atteignent pas et elle a décidé de ne pas y croire. Ce qu’on peut difficilement lui reprocher d’ailleurs, vu la difficulté de transmission de ce type d’information et la nécessité des preuves pour admettre un truc aussi horrible et extrême. Il n’en reste pas moins que la haine envers les Juifs s’insinue jusqu’en Angleterre, sans que ça la choque.

Depuis huit ans, l’Angleterre est un pays de somnambules qui marchent vers un précipice.

De l’autre côté, on a un groupe hautement politisé qui souhaite mettre fin à tout ça. Evidemment on se posera aussi la question de savoir si tuer les dictateurs permettrait réellement de résoudre le problème. Tuer un dirigeant ne tue pas forcément le fonctionnement étatique. Ce genre de question a animé ma réflexion de lectrice tout au long des 400 pages du roman.

Pour en revenir à Viola, sa perception de la politique et des camps de concentration va évoluer au cours du récit, en particulier lors d’un dialogue avec un personnage qui va lui permettre de mettre de la réalité sur un phénomène jusqu’ici bien lointain. Naïve et superficielle de prime abord, elle va s’éveiller. L’incipit montre cette progression en l’espace d’une demi-page : « Pour ce qui est de me tenir à carreau… je n’en ai jamais eu l’intention. »

Hamlet au paradis se lit avec une aisance réconfortante et propose un duo de personnages que l’on apprend à connaitre (depuis 2 tomes pour Carmichael) et à comprendre.  Cependant, je dois avouer que j’ai trouvé l’intrigue un peu cousue de fil blanc. Dans le même temps, chaque élément s’imbrique élégamment. Je ne sais donc trop quoi penser. J’ai aussi repéré quelques dialogues peu naturels destinés à faire passer des informations au lecteur,

Hamlet au paradis souffre quelque peu de sa comparaison avec le premier opus de la trilogie du Subtil Changement. Il est cependant une lecture très agréable, grâce à la plume réconfortante de Jo Walton et à des personnages intéressant. Le roman amène aussi à se poser des questions, sur la conscience politique et la passivité, sur les attentats comme outil de résistance et de moteur de changement et sur la montée du fascisme.

Informations éditoriales

Roman écrit par Jo Walton. Tome 2 de la trilogie du Subtil Changement. Publié pour la première fois en 2007. 2015 pour la traduction française chez Denoël Lunes d’Encre. 2017 pour l’édition poche chez Folio SF. Traduit de l’anglais par Florence Dolisi. Titre original : Ha’Penny. Illustration de couverture (Folio SF) par Sam Van Olffen. 406 pages.

Pour aller plus loin

Mes impressions : Le cercle de Farthing, Tome 1, Morwenna et Pierre-de-vie, de Jo Walton.
D’autres avis : Les pipelettes en parlent, Les lectures de Xapur, Livrement, Reflet de mes lectures, Nevertwhere, Blog-o-Livre, Un papillon dans la Lune, RSF Blog, Quoi de neuf sur ma pile, Les lectures de Mariejuliet, Le Bibliocosme, ou signalez-vous en commentaire.

20 commentaires sur « Hamlet au Paradis | Une tragédie explosive »

  1. Dommage que tu aies eu quelques réserves, que tu aies trouvé ça un peu moins bien que le premier. J’ai toutefois l’impression que Jo Walton est très forte même quand elle n’est pas au top.

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  2. Je suis passé outre le disclaimer – oui, je sais, je prends d’énormes risques, je suis complètement dingue – mais j’ai quand même diagonalisé. Dommage que ça soit un peu moins bon, heureusement que ça reste du Jo Walton. J’espère tout de même que le troisième sera plus pleinement satisfaisant – ce qui me poussera plus fortement à me lancer.

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    1. Fou que tu es !
      Tu devrais avoir ta réponse dans pas trop trop longtemps, je ne pense pas attendre des mois avant de conclure cette trilogie. J’aimerais bien avoir le fin de cette histoire et j’espère que ça va finir bien 😭

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    1. Haha, mais j’ai trop hâte de le lire le dernier.
      Il y a en effet des réflexions tout à fait passionnantes dans ce tome, ce qui m’a d’ailleurs permis de passer un peu au-dessus de l’intrigue que j’ai trouvé un peu facile.

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  3. Tiens, je me rends compte que je n’avais jamais vu la couverture du format poche, c’est donc maintenant chose faite 🙂 Ce deuxième tome a eu l’effet du milieu « faiblard » d’une trilogie pour la lectrice subjective qui s’assume, que je suis. Tout comme toi, j’ai trouvé que l’intrigue était un poil trop évidente et j’ai regretté de ne pas en savoir davantage à propos de Carmichael ; heureusement, le troisième tome a répondu à cette envie.

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  4. J’ai fait attention à l’avertissement et du coup, lu les grandes lignes de ton avis. Un peu moins percutant mais ça reste bon si j’ai bien saisi. Et les thématiques développées me paraissent toujours pas mal intéressantes. Affaire à suivre!

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