Des larmes sous la pluie | Il n’est pas encore temps de mourir

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Des larmes sous la pluie est un roman écrit par Rosa Montero. Il a été publié en français en 2013 aux éditions Métailié. Traduit depuis l’espagnol par Myriam Chirousse, il est le premier tome d’une trilogie de polar cyberpunk rendant hommage à Blade Runner. On grimpe sur le trottoir roulant et on se laisse emporter dans les aventures de Bruna Husky, détective réplicante qui mourra dans quatre ans, trois mois et vingt-neuf jours.

De l’épaule d’Orion

Bruna Husky est une androïde de combat, une « rep », qui, après ses 2 années de service obligatoire, a décidé de mener une carrière de détective privé. C’est armée d’une gueule de bois phénoménale qu’elle va ouvrir la porte de son appartement sur laquelle on tambourine sans relâche. C’est sa voisine, qu’elle ne connait pas personnellement mais qui est réplicante comme elle et, qui après avoir tenté de la tuer, s’arrache un œil. Bruna va alors activer son réseau pour en savoir plus sur cet étrange comportement et va se lancer dans une enquête où elle n’est que trop partie prenante.

Rosa Montero situe son action dans un univers qui rend hommage à Blade Runner. Dès le titre, obviously, référence directe au monologue final de Roy Batty dans le film : « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez imaginer… Des navires de guerre en feu, surgissant de l’épaule d’Orion… J’ai vu des rayons C briller dans l’obscurité, près de la Porte de Tannhäuser… Tous ces moments se perdront dans le temps… comme… les larmes dans la pluie… Il est temps de mourir. » Un des plus poignants monologues de l’histoire du cinéma. 

On vit cette angoisse de la mort au travers du destin de Bruna qui égrène quotidiennement le nombre de jours qu’il lui reste à vivre comme un mantra et qui se saoule tous les soirs pour oublier cette terrible inéluctabilité. La brièveté de son existence rendant le compte-à-rebours d’autant plus obsédant. Quatre ans, trois mois et vingt-huit jours.

Bruna se réveilla en sursaut et se rappela qu’elle allait mourir. Mais pas maintenant.
Incipit.

A la porte de Tannhäuser

Contrairement à ce que je pensais quand j’ai commencé ma lecture, nous ne sommes pas DANS le monde de Blade Runner mais dans un futur qui y ressemble fortement. Blade Runner en tant que film est directement évoqué et c’est lui qui a donné son nom aux androïdes de l’univers de Montero. Il existe de nombreuses similitudes ou clins d’œil mais l’autrice peut aussi s’autoriser de nombreuses différences.

Par exemple, la durée de vie des réplicants est de 10 ans (contre 4 dans le film). Après une révolte des réplicants, ceux-ci se sont vu octroyer un vrai statut et ne sont donc pas traqués comme dans le film. Mais le spécisme à leur encontre est présent et fait même l’objet d’une des thématiques du roman. Si les réplicants meurent au bout de 10 ans, ce n’est pas parce qu’on ne les autorise pas à vivre plus longtemps mais parce qu’ils souffrent d’un mal lié à leur condition que l’on nomme TTT, qui se déclenche à peu près 10 ans après leur conception et les conduit à une agonie douloureuse.

On leur implante aussi de faux souvenirs pour leur donner un passé, une enfance qu’ils n’ont pas eue. Du coup il existe un métier de « mémoriste » qui consiste à créer des souvenirs pour les réplicants. Les réplicants savent que ces souvenirs sont faux. Ce qui crée une dissonance cognitive assez perturbante qui est évoquée dans le roman aussi. Par exemple, Bruna a perdu son père quand elle était enfant. Sauf que non. Sauf que dans ses souvenirs oui. Et du coup elle en souffre, même si cette histoire n’est pas vraie et qu’elle le sait. Perturbant.

On notera aussi que l’intrigue se passe en 2109, anagramme de 2019, année où se déroule Blade Runner. 

Des larmes dans la pluie

Le background créé par Rosa Montero est donc une réplique personnalisée du monde de Blade Runner, il n’est pas le monde de Blade Runner, comme une mise en abyme que l’on retrouvera jusque dans le mouvement artistique des Faux évoqué dans le roman. Ce background vient s’appuyer sur une foultitude de détails qui rendent le monde très cohérent, très vivant et nous envoient à la face des dérives qui sont au final assez proches des nôtres. On y rencontrera des personnages attachants (Yiannis, Maio, Bruna, évidemment), intriguant (Lizard, Nopal) voire voraces (Bartolo le boubi) que j’espère retrouver dans la suite, Le poids du cœur.

L’intrigue, autour de l’enquête de Bruna, part dans des complots de grande ampleur mais sait aussi se faire plus intimiste, dans le lien qui unit Bruna et Nopal, par exemple.

Le courage est une habitude de l’âme, disait Cicéron. Yiannis s’était raccroché à cette phrase de son auteur préféré comme on s’agrippe à une branche sèche quand on est sur le point de tomber dans un abîme. Depuis des années, il essayait de développer et de conserver cette habitude, et le pli du courage avait en quelque sorte durci peu à peu à l’intérieur de lui, formant une espèce de squelette alternatif qui avait réussi à le tenir debout.

En nous proposant un roman inspiré de l’univers de Blade Runner, Rosa Montero s’empare du genre polar cyberpunk avec une efficacité certaine. Des Larmes sous la pluie explore des thématiques comme la peur de la mort, l’ambiguïté de la mémoire et la haine de ce qui est à la fois si semblable et si différent. Il est aussi un récit prenant, à l’intrigue classique mais efficace et aux personnages fouillés et attachants.

Informations éditoriales

Roman écrit par Rosa Montero. Premier tome de la trilogie Bruna Husky. Publié initialement en 2011. 2013 pour la publication en français aux éditions Métailié. 2016 en format poche chez le même éditeur. Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse. Titre original : Lágrimas en la lluvia. Pas d’information sur la conception de couverture (Design VPC, peut-être ?). 405 pages.

Pour aller plus loin

D’autres avis : RSF Blog, Quoi de neuf sur ma pile, Sur mes brizées, Les mots de Mahault, 233°C, Un papillon dans la lune, Les lectures du maki, Lorhkan et  les mauvais genres, Le chien critique, ou signalez-vous en commentaire.

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23 commentaires sur « Des larmes sous la pluie | Il n’est pas encore temps de mourir »

    1. C’est vrai que ça a aussi cet effet, je n’y ai pas échappé XD Pas eu le temps cependant, mais si tu as l’occasion de le faire avant ou après lecture, je pense que c’est une très bonne idée car il y a vraiment beaucoup de clins d’œil, je suis sûre que certains m’ont échappé.

      Aimé par 1 personne

  1. Vive Bartolo ! – de loin.
    Belle chronique pour un très bon livre. Je suis d’accord avec littéralement tout ce que tu dis – enfin, pour les références à « Blade Runner » je te fais confiance. Tu m’as rappelé de très bons souvenirs.
    J’en déduis que tu comptes lire la suite avec envie, et non pas juste pour compléter la série ? ^^

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    1. Il est choupi, j’espère qu’on aura droit à quelques unes de ces facéties dans les 2 autres tomes :p
      Tu ne l’as pas vu ou souvenir trop lointain ?
      Oui oui, sinon je ne lirais pas la suite d’ailleurs.

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  2. curieux, d’un côté je suis tenté parce que Blade Runner, cyberpunk, etc… et de l’autre j’ai peur d’en attendre trop, de ne pas retrouver l’imaginaire que je me suis construit autour d’une suite ou d’une prequel. Alors justement il y a des éléments passés pouvant être développés autour de la géopolitique de ce monde, par exemple, ou bien les ressorts sociaux vis à vis de la technologie. est-ce que j’y trouverai mon compte ?
    bref, j’arrête de me poser des questions et la chance me dira si je tombe dessus.

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  3. Bon, il n’y a pas d’ours polaire dans ta chronique, cette couverture espagnole est décidément bien intrigante!! 🤪
    Je le lirai. Quand, ça reste à voir, mais je le lirai.

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