Peut-être les étoiles | Terram Ignotam superare gradatim

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Peut-être les étoiles est le cinquième et dernier volume de la quadrilogie Terra Ignota écrite par Ada Palmer. Publié en français au Bélial’ en octobre 2022, il a été traduit par Michelle Charrier. J’ai donc fini Peut-être les étoiles et je ne vais pas vous en parler. Pour être exacte, je vais vous parler de Terra Ignota dans son ensemble plutôt que de me focaliser sur ce dernier tome.

Je vous avoue que j’ai eu bien des difficultés à entamer cette chronique. Ce pour plusieurs raisons. La première est qu’il n’est pas facile de chroniquer la seconde partie d’un livre publié d’un seul tenant outre-atlantique que le taux de foisonnement de la traduction française a scindé en deux sous nos latitudes (ou plutôt sous nos longitudes). La seconde est que j’ai lu ce dernier tome très vite en prenant très peu de notes alors que, pour les 4 précédents, j’écrivais consciencieusement un résumé de chaque chapitre et des impressions, réflexions et commentaires au fur et à mesure. Ce qui m’amène à la troisième raison, à savoir la complexité de cette saga qui résiste à toute tentative de l’enfermer dans une case, de lui coller une étiquette.

Terra Ignota  est, tel J.E.D.D. Maçon, un alien parmi nous. Un ensemble à la fois surgi du passé par son ancrage dans le siècle des Lumières et du futur pour ses aspects science-fictifs. Mais c’est aussi et surtout une saga écrite dans notre présent et, de ce fait, parle de sujets qui nous étreignent aujourd’hui et maintenant. La question des genres. La guerre à l’heure de la mondialisation. Nos rapports plus ou moins houleux à Dieu et à la religion. Les étoiles. L’épineuse épine dans le pied du vivant, la mort. La distance géographique qui nous sépare les uns des autres et les forces qui nous relient dans nos passions, nos valeurs et nos montagnes à mouvoir. 

Ce sont des sujets éminemment complexes, vastes et insolubles. Pourtant, Ada Palmer, munie de sa plume (métaphorique, je doute que l’autrice aie poussé le vice jusqu’à adopter les techniques d’écriture du 18è), n’a pas hésité à mouvoir la montagne, sa montagne qui est aussi devenue la nôtre. Je ne vous cache pas ce ne fut pas chose aisée pour moi d’appréhender cette montagne. Mais l’autrice le souligne très bien dans sa postface : c’est bien grâce à et non pas en dépit de la complexité de Terra Ignota que cette lecture m’a autant impressionnée. Terra Ignota est ce genre d’œuvre bigger on the inside (pour une série de 2800 pages, c’est une gageure) qui fourmille de concepts intenses, émotionnellement prenants et intellectuellement engageants. Certes, on peut ne pas être sensible à tout (personnellement, je suis peu familière et pas particulièrement attirée par le siècle des Lumières), mais ce qui touche, touche juste. Du premier opus au dernier.

La force d’Ada Palmer transperce les pages de ses romans. Une force qu’elle insuffle dans ses propos partout où on peut l’entendre. Aux Utopiales, en rencontre en librairie, jusqu’aux remerciements et postface de Peut-être les étoiles, ce qu’il en découle toujours quand on discute avec des personnes ayant assisté à ses interventions, qu’ils aient lu son œuvre ou non, c’est qu’elle marque les esprits par la justesse de ses métaphores, son regard clair sur le monde d’aujourd’hui et son optimisme volontaire pour notre capacité à construire de meilleurs lendemains en nous aidant de la science-fiction et de nos mondes imaginaires « bons, mauvais, mitigés et imparfaits » pour y parvenir. Ses romans sont à son image : ils marquent les esprits de la même façon et, je le devine et je l’espère, durablement.

A faire passer.

Informations éditoriales

Roman écrit par Ada Palmer et publié initialement en 2021. 2022 pour la traduction française aux éditions du Bélial’. Traduit par Michelle Charrier. Titre original : Perhaps the stars, Terre Ignota, book IV (seconde partie en FR). Accompagné d’une postface de l’autrice et d’une interview de la traductrice. Illustration de couverture par Amir Zand. 567 pages.

Pour aller plus loin

Mes chroniques des précédents volumes : Trop semblable à l’éclairSept redditionsLa volonté de se battre. L’alphabet des créateurs.
Ada Palmer sur le blog.
Autres avis : Ombre Bones, L’Epaule d’OrionQuoi de neuf sur ma pile, Nevertwhere, ou signalez-vous en commentaire.

17 commentaires sur « Peut-être les étoiles | Terram Ignotam superare gradatim »

  1. J’adore cette comparaison : Terra Ignota est, tel J.E.D.D. Maçon, un alien parmi nous.
    Tellement vrai ♥
    Et j’adore ton billet, on sent bien ton enthousiasme et tes émotions. Je m’y suis retrouvée.
    Gradatim !

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  2. En un émoji, tu résumerais plutôt avec 🤯 ou avec ♥️ ? (oui, je sais, désolé, je suis incapable de faire un commentaire simple et normal 🙈)
    J’ai quelques montagnes, sous forme de livres volumineux, à potentiellement gravir dans ma vie de lecteur. Mais je crois que cette série en est le point culminant. Va falloir que j’aiguise mon piolet.

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  3. Extra. Ça a vraiment l’air ouf. Ravie que tu y aies trouvé la même qualité et le même bonheur jusqu’au bout.
    Tu peux m’expliquer le titre du billet? 🤣 Parce que ça a beau ressembler fortement à de l’italien, je comprends pas 😁

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  4. Et bien voilà un sommet de la littérature imagine que je n’ai pas encore réussi à entamer. Je manque d’exercice dernièrement, va falloir me remettre en forme avant de m’y confronter.

    Mais ton retour enthousiaste est déjà marquant en soi!

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