La faute de l’abbé Mouret | La Genèse selon Saint Zola

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Impressions n°258

J’ai servi la messe du matin, me suis promenée dans le village des Artaud mais surtout dans le Paradou, au milieu des senteurs sauvages et de la luxuriance de la végétation. J’ai suivi Serge et Albine sur le chemin du pêché.  J’ai assisté à un mariage et deux enterrements. Je vous partage mon avis mitigé sur ce cinquième tome de la saga des Rougon Macquart…

Bienvenue au Paradou

C’est l’histoire d’un prêtre, le fils aîné du couple au destin tragique de La conquête de Plassans, qui est curé dans un petit village paumé dans le Sud, pas loin de Plassans : les Artaud. C’est un village un peu sordide, les villageois sont des fermiers grossiers et rustres qui se marient entre eux depuis des générations. L’église tombe en ruine parce que le maire ne veut pas y mettre des sous. Mais Mouret est content, tout ce qui l’intéresse de toute façon c’est son bréviaire, ses messes et la Sainte Vierge. Tout petit déjà, il en collectionnait les images Panini :

Dès sept ans, il contentait ses besoins de tendresse en dépensant tous les sous qu’on lui donnait à acheter des images de sainteté, qu’il cachait jalousement pour en jouir seul. Et jamais il n’était tenté par les Jésus portant l’agneau, les Christ en croix, les Dieu le Père se penchant avec une grande barbe au bord d’une nuée, il revenait toujours aux tendres images de Marie, à son étroite bouche riante, à ses fines mains tendues. Peu à peu, il les avait toutes collectionnées : Marie entre un lis et une quenouille, Marie portant l’Enfant comme une grande sœur, Marie couronnée de roses, Marie couronnée d’étoiles.

Sauf que le Docteur Pascal entre en scène et l’emmène faire un petit tour au Paradou, grand parc à l’abandon surveillé par un vieil ermite athée sensément sur son lit de mort. En fait, le vieux se porte comme un charme et invite nos deux zigotos à prendre un verre. Et puis là ! On apprend qu’il a une nièce, qui surgit telle une dryade des bois, échevelée, libre comme le vent : Albine.

D’un bond de chèvre, elle disparut, laissant une pluie de fleurs derrière elle. On entendit le claquement d’une porte, puis des rires derrière la maison, des rires sonores qui allèrent en se perdant, comme au galop d’une bête folle lâchée dans l’herbe.

Ça lui fait quelque chose à Mouret. Il ne comprend pas très bien, il a des pensées troublantes.  Il ne supporte pas et tombe malade. Que trouve donc à faire le Docteur Pascal pour sa convalescence ? Il l’envoie au Paradou, pardi ! Et là je n’ai pas besoin de vous expliquer en long en large et en travers ce qui va se passer (au contraire de Zola). Evidemment, comme vous le savez à présent, tout cela va finir TRAGIQUEMENT. Enfin surtout pour la fille. Faut pas pousser quoi. La pomme, Adam, le serpent, fallait bien qu’on la punisse.

Un remake de la genèse

Oui parce que La Faute de l’abbé Mouret est une sorte de remake de la genèse. Alors ça y va avec les descriptions interminables du Paradis Paradou à coup de métaphores à peines voilées (en fait pas du tout). Ils se promènent tout nus, sont tentés, tentent de résister, mais non … la chair est faible.

Et puis, qui a eu l’idée de laisser ces gamins tout seuls dans ce parc lubrique, hein ? D’abord il est où le vieux ? Il s’occupe de ses salades. D’abord il est où notre bon docteur ? Il s’occupe de ses expériences scientifiques. Ils ont le sens des priorités !

Zola nous sort là un remake à la fois long et contemplatif, plein d’atermoiements amoureux et religieux et d’incessants namedropping de végétaux de toutes sortes (ce qui lui a été abondamment reproché à l’époque)(entre autres choses). C’est presque aussi chiant que l’original. Et en plus il a changé la fin. C’est beau, magnifiquement écrit avec des passages de ouf (c’est Zola tout de même). Mais chiant. Et long. J’en viens donc à mon avertissement : ne commencez pas les Rougon-Maquart par La faute de l’abbé Mouret ou vous vous en repentirez.

Ils marchaient à travers un pré de fleurs, à leur fantaisie, sans chemin tracé. Leurs pieds avaient pour tapis des plantes charmantes, les plantes naines bordant jadis les allées, aujourd’hui étalées en nappes sans fin. Par moments, ils disparaissaient jusqu’aux chevilles dans la soie mouchetée des silènes roses, dans le satin panaché des œillets mignardises, dans le velours bleu des myosotis, criblé de petits yeux mélancoliques.

A propos des personnages secondaires

Ce tome est très axé autour d’Albine et Serge. Il y a moins de personnages que d’habitude et ils sont moins exploités (forcément quand, pendant un tiers du bouquin les deux personnages principaux vivent d’amour et d’eau fraîche à l’écart du monde…). Mais il y en a tout de même, et ils sont haut en couleurs comme d’habitude, alors quelques mots à leur sujet:

  • La Teuse. C’est la bonne à tout faire du curé. Cuisine, ménage, tout ça. Elle est toujours à ronchonner après l’abbé parce qu’il est en retard pour le dîner. On se rend compte au fil du récit que La Teuse est une femme sincère qui n’a certes pas la langue dans sa poche mais qu’elle est d’une grande ouverture d’esprit. C’est le personnage positif de ce récit.
  • Archangias. Un autre prètre des Artaud. Mauvais, mais mauvais ! Il est grossier, violent, s’amuse du malheur de ceux qu’ils n’aiment pas (et il n’aime pas grand monde). Il mettrait bien au pas ce village de dégénérés. Je ne vous dirai comment l’histoire se termine pour lui mais ça vaut son pesant de cacahuètes. Et tout cas, ça m’a réjouie (si je deviens amorale, plaignez-vous à Zola).
  • Désirée.  C’est la petite sœur de Serge. On la voit aussi dans La conquête de Plassans. Si vous l’avez lu, vous savez que Désirée est un peu simplette et qu’elle adore les animaux. Elle en a plein dans sa basse-cour : chèvres, poules, lapins, un cochon et même une vache. Elle est un peu chelou parce qu’à un moment ils saignent le cochon et ça l’excite un peu… J’ai cependant envie de dire « heureux les simples d’esprit » : elle ne calcule pas grand chose et sa naïveté est tellement innocente qu’il ne lui arrive rien de fâcheux.

Et le Docteur Pascal, me demanderez-vous ?  Ben le Docteur Pascal, il a bien chié dans la colle avec son idée extravagante. Il le sait, il le reconnait. J’espère qu’il reviendra sur cet épisode dans le tome qui lui est consacré et qui s’intitule sobrement Le Docteur Pascal.

Vous aurez donc compris que La Faute de l’abbé Mouret est un Zola un peu atypique qui respecte moins le schéma habituel des autres (enfin sauf que ça finit mal). Zola a un peu tendance à perdre son lecteur dans la forêt du Paradou et au milieu des atermoiements de Serge Mouret. Il s’agit donc d’un Zola que je déconseille en première instance (voire même en seconde). Les téméraires pourront néanmoins profiter de descriptions paradisiaques à foison, d’une fin tragi-comique et d’un propos qui reste très intéressant.

Informations éditoriales

Publié pour la première fois en 1875. 511 pages pour l’édition Le livre de Poche Classiques. Couverture : Claude Monet, La Liseuse. La présente édition est complétée, d’une préface, d’un dossier et d’avis pour le moins partagé sur le roman par des contemporains de Zola (certains sont truculents).

Pour aller plus loin

Mon billet d’intention de relire les Rougon-Macquart.
La fortune des Rougon. La curée. Le ventre de Paris. La conquête de Plassans.
Lecture commune avec Alys. Son billet.
D’autres avis : Mon coin lecture.

 

9 réflexions sur “La faute de l’abbé Mouret | La Genèse selon Saint Zola

  1. Je l’aime bien moi cet avis plein d’humour, il m’a amusé.

    En tout cas, si jamais un jour je trouve le courage de le lire celui ci (maintenant que je suis avisée du contenu), j’aurai en tête un certain nombre d’images liées à ton billet 😉

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